samedi 31 décembre 2011
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 3:
Prendre quelques minutes chaque jour pour rendre grâce et exprimer ma reconnaissance.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 5:
Ne pas prendre l'entière responsabilité de tout ce qui va mal, ni de tout ce qui va bien.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 6:
Sourire, rire, rigoler, délirer, m’esclaffer, et ce, avec toutes les parties de corps et de mon esprit!
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 8:
Accepter la fin de certaines choses comme celle de toutes choses.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 12:
Chérir et raconter les bons souvenirs; déranger et écrire ceux qui sont douloureux; ranger sous clé ceux qui doivent être tus.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 14:
Oser un peu de coquetterie, accepter d'avoir de la beauté, quelle qu'elle soit.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 15:
Traverser le brouillard en dansant, puis en faire un brouillon.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 16:
Remettre les rétrospectives à plus tard et me concentrer sur les perspectives.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 17:
Cesser d'anticiper la réalité et me concentrer sur sa mise en œuvre et sa mise en mouvement.
2012 Top 20 Résolutions -- numéro 18:
Assortir chaque plainte d'une action visant :
a) à la faire taire
b) à l'enrayer
c) à la régler
d) toutes ces réponses
e) toute autre réponse appropriée et efficace
a) à la faire taire
b) à l'enrayer
c) à la régler
d) toutes ces réponses
e) toute autre réponse appropriée et efficace
mercredi 21 décembre 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1310:
Il devrait être interdit à toute personne qui me demande de tourner les coins ronds de me reprocher par la suite le caractère imparfait de mon travail.
jeudi 1 décembre 2011
Texte sauvé de l'oubli numéro 5
C'est maintenant qu'il faut fuir, laissant derrière soi un nuage gris
bleu. Maintenant, il faut partir et quitter cette enveloppe mal cachetée
qui ne parviendra jamais à destination.
Texte sauvé de l'oubli numéro 4
Pense à moi là-bas, pense à moi lorsque tu verras la mer, les algues paresseuses et les lents cailloux qui voyagent sans cesse.
Regarde le vent fouillasser tes cheveux, s'attardant sur ta joue, sur tes lèvres: mes pensées s'y seront glissées dans un muet baiser.
Regarde le vent fouillasser tes cheveux, s'attardant sur ta joue, sur tes lèvres: mes pensées s'y seront glissées dans un muet baiser.
vendredi 25 novembre 2011
Automensonges
Je vais essayer de t'aimer encore. Mais comment le pourrais-je? Il faudrait y mettre tant d'efforts... n'est-ce pas ce que j'ai fait toutes ces années? Je me surprends tout de même à espérer des moments magiques comme ceux qui créent des charnières dans nos vies ordinaires...
La seule possibilité que de tels moments puissent encore se produire suffit à me donner le mince espoir qu'il vaut encore la peine de poursuivre cette relation en investissant chaque moment, en puisant dans la banque de sentiments qui s'est remplie le temps d'une vie commune... À moins qu'elle ne se soit vidée?
La seule possibilité que de tels moments puissent encore se produire suffit à me donner le mince espoir qu'il vaut encore la peine de poursuivre cette relation en investissant chaque moment, en puisant dans la banque de sentiments qui s'est remplie le temps d'une vie commune... À moins qu'elle ne se soit vidée?
samedi 19 novembre 2011
vendredi 18 novembre 2011
When I was 20
It's
January and it's crunchy snow cold. Hell-N and I have just moved to Montreal in
a small 31/2 on Christophe-Colomb Ave. She is the very best friend I have ever
had, and I find it funny that she's my boyfriend P-Trick's ex-girlfriend. I
work hard, study, take mime classes, cook vegetarian dishes and keep house. Her
mother comes by every week-end to tidy her part of the bedroom, pick up her
dirty laundry and leave clean clothes and lots of food behind. Hell-N is so
beautiful, easy going and free. I often admire her through the bamboo curtain.
She is socially engaged and a communist... I'm ok with that, being a feminist,
but her friends don't understand why I don't embrace their ideological views.
They tease me and say I'm an individualist petite-bourgeoise and put me on
their "brown"-list. I don't give a shit: their parents are all upper
middle-class folks (university teachers, lawyers, surgeons, executives, etc.)
and they all went to private schools. I don't even bother telling them where I
come from and how I manage to survive.
I guess I
catch pneumonia the night I throw all those nice white dishes on the wall after
waking up to hear Hell-N and P-trick fucking right next to my bed. They find my
reaction so... réactionnaire. I throw a coat over my nightdress and don't
bother putting my boots on. I walk Christophe-Colomb from Jean-Talon to Des
Carrières and end up on a porch on Des Érables St. My "Man" still
lives there. Everything looks the way it did some five years ago. I can almost
see his 750 parked in the kitchen for the winter. And all the white stuff he
stashes in the little room. So, what’s next? Decisions, decisions... I turn
around and walk all the way back to the apartment. I stay there until June,
then move in with S-Urge. I haven’t seen Hell-N since and still wonder what
kind of woman she is today.
mercredi 9 novembre 2011
Un trou dans la moustiquaire (début)
J'ai appris très jeune à ne pas exprimer ouvertement ma colère, ayant
compris que cela pouvait entraîner des conséquences terribles. Ma mère a
disparu à la suite d'une de ses très spectaculaires colères. On nous a
dit qu'elle ne reviendrait plus, car elle était morte. Parce que j'étais
une petite fille, les conséquences étaient un peu moins terribles - le
seul endroit où l'on me faisait disparaître, c'était dans ma chambre.
La fenêtre de ma chambre était appuyée sur la cheminée, ce qui assurait une présence constante d'araignées, été comme hiver. Mon père avait la lourde tâche d'apaiser mes cris hystériques en écrasant ces pauvres créatures. La plupart étaient des épeires diadèmes (Araneus diadematus), également connues sous le nom d'araignées à gros cul et à pattes griffues. Elles ne cessaient jamais de croître, atteignant souvent une taille démesurée. Ma fenêtre ne donnait sur nulle part - enfin, ce n'est pas tout à fait juste - disons plutôt que le mur de briques de la maison de notre voisin et les solins de toit endommagés n'avaient rien d'inspirant. J'étais souvent confinée à ma chambre pour cause d'insoumission, d'effronterie ou de désobéissance (aux dires des marâtres qui nous surveillaient mes trois frères et moi jusqu'au retour de mon père). Mon désir de liberté s'alimentait à l'auge de toutes les nuances de la honte et de la rage.
Pendant longtemps, ma chambre a eu des murs "roses" - enfin, pas tout à fait. Si je travaillais pour une grande entreprise de peinture murale, je pourrais donner des noms poétiques à la teinte des murs de ma chambre:
La fenêtre de ma chambre était appuyée sur la cheminée, ce qui assurait une présence constante d'araignées, été comme hiver. Mon père avait la lourde tâche d'apaiser mes cris hystériques en écrasant ces pauvres créatures. La plupart étaient des épeires diadèmes (Araneus diadematus), également connues sous le nom d'araignées à gros cul et à pattes griffues. Elles ne cessaient jamais de croître, atteignant souvent une taille démesurée. Ma fenêtre ne donnait sur nulle part - enfin, ce n'est pas tout à fait juste - disons plutôt que le mur de briques de la maison de notre voisin et les solins de toit endommagés n'avaient rien d'inspirant. J'étais souvent confinée à ma chambre pour cause d'insoumission, d'effronterie ou de désobéissance (aux dires des marâtres qui nous surveillaient mes trois frères et moi jusqu'au retour de mon père). Mon désir de liberté s'alimentait à l'auge de toutes les nuances de la honte et de la rage.
Pendant longtemps, ma chambre a eu des murs "roses" - enfin, pas tout à fait. Si je travaillais pour une grande entreprise de peinture murale, je pourrais donner des noms poétiques à la teinte des murs de ma chambre:
- "mesclun de restes de peinture allongés de carmin" (c'est un peu long)
- "diachylon pimpant"
- "coulis de chair"
mercredi 26 octobre 2011
Les démons de ma chambre
Mes hurlements me réveillent presque tous les soirs. Je me laisse avaler par la nuit noire, épuisée par la peur d'être nulle part. De longues minutes s'écoulent avant qu'il soit possible de repérer le plafond, les murs, le cadre de la porte de la chambre, la respiration de mon frère, la mienne. Puis il y a les spasmes, ces éclats de rigidité entrecoupés de chutes dans l'abîme, qui me laissent en sueur, paralysée. Fendant l'obscurité, les yeux noirs s'approchent des miens, forçant mon regard. Mes paupières ne se ferment pas, par crainte qu'une fois la barrière des yeux traversée, les yeux noirs auront fait de mon âme leur refuge. Je résiste jusqu'au tremblement de l'aube. Enfin, j'entends la clé dans la porte, les pas dans l'escalier, le corps fatigué qui s'appuie sur les murs de pin à gros nœuds. Sous l'âme de la porte, je reconnais sa silhouette. Il me demande : "As-tu encore fait un cauchemar, un mauvais rêve ?" Je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire, mais je sais de quoi il parle. Il me dit : "Je vais t'apprendre une prière pour éloigner les démons de la nuit." Je ne l'ai jamais oubliée et il m'arrive encore de la réciter, la nuit.
Ange de Dieu, qui êtes mon gardien, puisque le ciel m'a confié à vous, à votre bonté, gardez-moi, protégez-moi durant cette nuit.
Ange de Dieu, qui êtes mon gardien, puisque le ciel m'a confié à vous, à votre bonté, gardez-moi, protégez-moi durant cette nuit.
mardi 25 octobre 2011
Intérieurs - impressions
Notre
participation à titre de performeurs invités (danseurs
diplomés/performeurs
externes) a été une excellente école d’étiquette, une leçon sur
la dynamique des petits groupes.
La
technologie a remporté la mise. L'élément humain n'a pas réussi à en
atténuer la force, car chacun s'est retrouvé seul, dans un groupe,
certes, mais seul. Je me demande ce qui se serait produit si nous avions
réussi à être "ensemble",
même si seuls. Si, d'une quelconque façon, nous avions eu un lien plus
fort avec le couple central (plus fort que le simple rappel d'un élément). Je ne le saurai pas, mais je retiens de cette expérience
l'absolue nécessité de créer un esprit de groupe, un corps de
performeurs uni. C'est la responsabilité de chaque danseur ou performeur d'établir les
contacts qui mèneront à cet esprit de corps, mais il ne faut pas oublier que le chorégraphe a la responsabilité professionnelle de gérer la dynamique du groupe afin d'atteindre les objectifs de représentation qu'il vise.
Souvent,
dans un groupe, il y a des codes à respecter. Cependant, il s’agit souvent de
règles implicites, non exprimées, mais partagées par
les membres du groupe (par ceux qui se reconnaissent comme faisant
partie d’un groupe particulier, ici, les 10 danseurs). Lorsqu’on ne
connaît pas les règles, on crée malgré soi un déséquilibre et le groupe
cherche à assurer sa cohésion. Ainsi, ce que je pensais
être un manque de cohésion du groupe (les 13 performeurs invités) n’en était pas
un : c’est tout le contraire ! D’une certaine façon, en étant des
« outsiders » (3 personnes) cherchant à s’intégrer dans ce groupe, nous
avons été perçues et traitées de la même façon
que toute substance étrangère : un peu comme des virus ou des
allergènes. L’organisme s’est défendu – avant, pendant et après les apparitions dans le dôme! Par
exemple, entre deux tableaux, chacun des 10 danseurs se rassurait et
affirmait son état de danseur (mouvements, routines à
la barre, grand écart, etc.).Projet pré-mortem
Je n'ai ni la chance d'être belle ni la grâce d'être bonne, ce qui ne me laisse d'autre choix d'ici ma mort que de tout mettre en œuvre, y compris ma vie. C'est à cette condition que vivre sera possible. C'est l'une des raisons pour lesquelles je prends des risques, je participe à toutes sortes d'événements, je me commets jusqu'au bout de certaines erreurs, je persiste à danser, je grappille de l'espace et du temps pour écrire sans espoir d'être lue, je chéris chaque moment magique, même si c'est moi qui le crée de toutes pièces.
samedi 8 octobre 2011
Microperformance invisible de voyeure
J'avais planifié payer 10$ pour une danse dans l'isoloir, danse au cours de laquelle je n'aurais pas regardé la danseuse, me contentant de noter, avec le plus de fidélité possible, ce que je percevrais comme signes de présence, malgré l'absence de contact visuel (mobiliser les autres sens que le regard voyeur). Que vient-on voir lorsqu'on est voyeur? Et que voit-on? C'est un peu une démarche inversée que je me proposais de faire. Pour cela, il aurait vraiment fallu que je me trouve seule à seule avec l'une d'elles pour tenter de percevoir ce qui se passe dans cet espace tenu tout nu.
Éventuellement, j'aimerais explorer ce qui se passe lorsque quelqu'un de plus vieux et de plus fripé se dénude - un strip de vieux, quoi. J'ai gardé un souvenir très très vif d'un antistriptease de Dulcinée Langfelder. Elle était entrée en scène flambant nue et s'était progressivement habillée. Ça m'avait plus remuée que tous les stripteases que j'avais vus au Cléopâtre... Mais revenons à mon projet de microperformance invisible de voyeure.
Les choses ne se sont pas passées comme prévu...
My
companion and I arrive early. After checking in, the doorman peeks in my purse
and guides us to our table near the wall. I remember another friend will be
joining us later – so I rise to find the doorman and ask if he would kindly
make us sit at a round table instead – since there are three armchairs. While
my friend is gone to the men’s room, another man approaches me. He has a
peculiar aura about him: his music box is bloating with sounds of women
climaxing. Strangely, I do not feel disgusted and as he bends towards me, so I
reach towards him. He hands me a VIP card and I thank him, and there’s
something like a smile in his demeanour. And there it is, a feeling of strange
awareness that comes over me. It will last all evening long. The doorman comes
back and guides me to a table with three red armchairs.
I sit,
quite comfortable, still waiting for my friends. I see two women slowly coming
in my direction. The woman taking place in front of the other is naked. She
glides around the stage holding the second woman with a string – or is it a
leash? The second woman is dressed. They move along. Why is it that I feel as
though the naked woman is dressed, and more so than the second woman? A French
word hits me: pudeur, which is “sense
of modesty”. Is it because I “know”, well not exactly, who the naked woman is
that I “cover” her so as not to feel ill at ease (or even shameful)? As I
ponder this, my friend comes back and sits by my side.
The naked
woman and her Créature approach my
friend to invite him to the isoloir.
He is not ready – yet. He tells me he has just arrived – in a certain way – so
he passes his turn, turns away the passe,
and lectures me about the deconstruction that seems to be taking place here. He
is more of an intellectual that I am, so I reflect on this. Then, I let myself
be adrift, not “expectant” of any reaction or thought I might have, so as to be
there, here, in the presence of the performers – yet feeling intense absence
then and now as the evening moves on.
[...] The
naked woman and her Créature stand on
stage. Then, black feathered Créature
begins to shed, piece by piece, leaving clothes and accessories here and there. They seem like droppings to me. The naked woman starts fluttering and reminds
me of a panicked hen. She cries and shrieks and in doing so succeeds in
obviating the stripped Créature with
every desperate and pathetic “ta-dam!” – and I find myself in a state near
shock, shattered. I am hurting in the end when the naked woman starts picking
up the pieces, mopping away what is left on the floor... What? Who? Where? The
mopping does not clean, but brings a sense of detachment. So, it is over, for
now, since the naked woman and Créature will soon resume roaming around the stage.
Elles reviennent vers moi, la femme nue et sa Creature. Je pense qu'elles viennent me chercher pour aller dans l'isoloir. Je prends mon sac à la hâte, car mon petit cahier et mes crayons sont à l'intérieur. Mon sac est tout croche et je n'arrive pas à le refermer. Creature me prend pas la main et me dit que nous allons passer par la scène. Mais ce n'est pas pour aller dans un isoloir... D'autres spectateurs dansent avec une danseuse qui les a choisis. Je suis empêtrée par mon sac - je finis par le lancer sur le sol, une partie du contenu s'en échappe. J'ai alors le choix d'être maladroite, nerveuse, paniquée, puis je regarde Creature (Miss Betty Wilde, je crois) et je décide d'assumer le présent. Je danse collée-collée, caressant le corps de Creature, éloignant nos torses en gardant nos bassins soudés, balayant ses cheveux de son visage lorsqu'ils tombent devant ses yeux, allant au devant du trouble (le mien? le sien?) parcourant son bras pour ramener sa cigarette vers ma bouche pour prendre une touche... Bref, acceptant totalement d'être dans cette danse, cette discordanse, et de m'y abandonner.
La microperformance invisible n'aura pas eu lieu, finalement.
Baveuse, moi?
La vie est pleine de signaux qu'il faut prendre le temps de capter. Comme ce message en lettres rouges sur T-Shirt noir du portier du Kingdom: "It's always you vs. you". Sagesse rude de ceux qui en ont bavé, en bavent, en baveront, parce qu'ils sont baveux...
dimanche 28 août 2011
Dans la maison de Martine
Je ne sais pas comment parler d'art. Mais l'art parle et, parfois, me fait parler.
Sur le sol, je vois d'abord un rectangle rempli d'une poudre blanche et délimité par des bandes adhésives blanches. La présence de l'artiste me surprend, je ne m'attendais pas à la trouver là. Je me sens intimidée, car j'ai pénétré dans son espace. La dame à l'accueil m'avait pourtant encouragée à entrer dans la salle. Elle a parlé de sentiers, mais je ne les trouve pas.
Je m'engage dans l'espace, longeant le mur à ma gauche, en prenant bien soin de ne rien déranger, autant que faire se peut. Sur le mur, il y a des feuilles blanches avec des empreintes laissées par ce qui me semble être de la suie. Cette poudre noire est présente en différents endroits sur le sol, sous la forme de poudre, de morceaux rassemblés en un petit tas, de blocs informes. Il y a de la poudre noire dans un rectangle — cela forme des vaguelettes et des crêtes de dunes interrompues par un cadre rectangulaire.
J'ai l'impression d'avoir pénétré dans l'intimité de l'artiste et j'en éprouve une certaine gêne. L'air est lourd. J'avance jusqu'à une colonne. Les traces sur le mur évoquent des morceaux de vie, des ébauches de pensées. J'arrive dans un coin de la pièce. J'y prends place comme un enfant puni. L'artiste émet un souffle puissant. Je n'ose pas me retourner. Qu'est-ce que je fais là, dans son espace? Comment sortir de ce lieu sans faire disruption après y avoir fait irruption? Je me retourne, mais avant, je m'attarde sur un tracé dessiné sur le mur, comme s'il s'était échappé de l'empreinte fixée au mur.
Donc, je me retourne. L'artiste est assise à un bureau blanc. Elle a quelque chose dans la bouche. J'ignore ce que c'est. C'est rond. Tout à coup, elle projette une bille noire sur le sol. La bille roule un peu, puis s'immobilise. Plus tard, en poursuivant mon chemin, je constaterai que ce sont des noyaux de fruits. Mais de quel fruit s'agit-il? Est-ce que ce sont des litchis ou un fruit semblable? Je continue de longer le mur. Il m'arrive de m'accroupir, vaguement fatiguée par l'effort qu'exige ma lente progression vers une sortie du territoire de l'artiste.
Mon regard revient en arrière, s’attarde quelques instants sur une empreinte évoquant un sein. Sur le sol, il y a une râpe à légumes, un métronome, un seau de métal, des chiffons blancs et cette poudre noire et blanche. Je vois l'artiste placer la râpe sur une feuille blanche et y frotter un bloc noir. De la poudre noire se dépose sur la feuille. Ensuite, il arrive que l'artiste souffle sur la feuille de papier. Un souffle doux crée des ronds ou des lignes blanches à travers la poudre noire. Un souffle un peu plus prononcé forme un nuage noir qui tourbillonne paresseusement. Un souffle fort projette la poudre noire loin dans l'espace. L'artiste soulève la feuille, un peu de poussière tombe sur le sol. Le reste de la poudre demeure attaché à la feuille, qu'elle va fixer au mur à côté des autres feuilles qui y sont déjà.
Je sais à ce moment précis que je reconnaîtrai toujours la première empreinte que l'artiste a produite, puis fixée au mur, alors que j'étais témoin de ce processus.
Je ne suis pas encore sortie de la pièce. Je bouge quand je sens que je le peux, souvent quand l'artiste se déplace et que j'espère passer inaperçue. Elle porte une longe chemise blanche, des pantalons et des bas blancs, ainsi qu'une coiffe blanche pointue sur la tête. De la poudre noire — c'est comme de l'encre sèche d'un photocopieur — s'est déposée un peu partout sur ses vêtements, ses mains, son visage. D'ailleurs, elle va parfois au seau, qui contient de l'eau, se laver la bouche.
Il arrive qu'elle se place debout sur des morceaux de poudre noire. Ses pieds sont collés l'un contre l'autre. Elle reste immobile... non, elle est presque immobile, pendant de longues secondes. Parfois, elle lève les bras et ne bouge plus. Je pense à un diapason têtu. Pendant ce temps, l'espace et le temps filent au rythme imposé par le métronome.
Je poursuis ma lente progression le long des murs. J'essaie de sortir de là sans laisser de traces, ou du moins, de sortir de cet espace sans contaminer de mes traces celles qui y sont déjà. J'y parviens enfin. L'homme qui était assis dans le fauteuil noir faisant face à la pièce y est toujours; il continue de prendre des photos avec sont téléphone intelligent. Je m'accroupis et j'observe l'artiste poursuivre sa création d'empreintes — râpage, soufflage, épinglage — s'enraciner dans le sol, laver ses mains et son visage. Je varie mon poste d'observation hors de l'espace de l'artiste. J'attends qu'elle soit dos à moi pour sortir discrètement de la galerie.
Je vais essayer d'être présente pour la suite :
Viva! art action 2011
October 04-09, 2011
at Bain Saint-Michel
information: http://vivamontreal.org
Sur le sol, je vois d'abord un rectangle rempli d'une poudre blanche et délimité par des bandes adhésives blanches. La présence de l'artiste me surprend, je ne m'attendais pas à la trouver là. Je me sens intimidée, car j'ai pénétré dans son espace. La dame à l'accueil m'avait pourtant encouragée à entrer dans la salle. Elle a parlé de sentiers, mais je ne les trouve pas.
Je m'engage dans l'espace, longeant le mur à ma gauche, en prenant bien soin de ne rien déranger, autant que faire se peut. Sur le mur, il y a des feuilles blanches avec des empreintes laissées par ce qui me semble être de la suie. Cette poudre noire est présente en différents endroits sur le sol, sous la forme de poudre, de morceaux rassemblés en un petit tas, de blocs informes. Il y a de la poudre noire dans un rectangle — cela forme des vaguelettes et des crêtes de dunes interrompues par un cadre rectangulaire.
J'ai l'impression d'avoir pénétré dans l'intimité de l'artiste et j'en éprouve une certaine gêne. L'air est lourd. J'avance jusqu'à une colonne. Les traces sur le mur évoquent des morceaux de vie, des ébauches de pensées. J'arrive dans un coin de la pièce. J'y prends place comme un enfant puni. L'artiste émet un souffle puissant. Je n'ose pas me retourner. Qu'est-ce que je fais là, dans son espace? Comment sortir de ce lieu sans faire disruption après y avoir fait irruption? Je me retourne, mais avant, je m'attarde sur un tracé dessiné sur le mur, comme s'il s'était échappé de l'empreinte fixée au mur.
Donc, je me retourne. L'artiste est assise à un bureau blanc. Elle a quelque chose dans la bouche. J'ignore ce que c'est. C'est rond. Tout à coup, elle projette une bille noire sur le sol. La bille roule un peu, puis s'immobilise. Plus tard, en poursuivant mon chemin, je constaterai que ce sont des noyaux de fruits. Mais de quel fruit s'agit-il? Est-ce que ce sont des litchis ou un fruit semblable? Je continue de longer le mur. Il m'arrive de m'accroupir, vaguement fatiguée par l'effort qu'exige ma lente progression vers une sortie du territoire de l'artiste.
Mon regard revient en arrière, s’attarde quelques instants sur une empreinte évoquant un sein. Sur le sol, il y a une râpe à légumes, un métronome, un seau de métal, des chiffons blancs et cette poudre noire et blanche. Je vois l'artiste placer la râpe sur une feuille blanche et y frotter un bloc noir. De la poudre noire se dépose sur la feuille. Ensuite, il arrive que l'artiste souffle sur la feuille de papier. Un souffle doux crée des ronds ou des lignes blanches à travers la poudre noire. Un souffle un peu plus prononcé forme un nuage noir qui tourbillonne paresseusement. Un souffle fort projette la poudre noire loin dans l'espace. L'artiste soulève la feuille, un peu de poussière tombe sur le sol. Le reste de la poudre demeure attaché à la feuille, qu'elle va fixer au mur à côté des autres feuilles qui y sont déjà.
Je sais à ce moment précis que je reconnaîtrai toujours la première empreinte que l'artiste a produite, puis fixée au mur, alors que j'étais témoin de ce processus.
Je ne suis pas encore sortie de la pièce. Je bouge quand je sens que je le peux, souvent quand l'artiste se déplace et que j'espère passer inaperçue. Elle porte une longe chemise blanche, des pantalons et des bas blancs, ainsi qu'une coiffe blanche pointue sur la tête. De la poudre noire — c'est comme de l'encre sèche d'un photocopieur — s'est déposée un peu partout sur ses vêtements, ses mains, son visage. D'ailleurs, elle va parfois au seau, qui contient de l'eau, se laver la bouche.
Il arrive qu'elle se place debout sur des morceaux de poudre noire. Ses pieds sont collés l'un contre l'autre. Elle reste immobile... non, elle est presque immobile, pendant de longues secondes. Parfois, elle lève les bras et ne bouge plus. Je pense à un diapason têtu. Pendant ce temps, l'espace et le temps filent au rythme imposé par le métronome.
Je poursuis ma lente progression le long des murs. J'essaie de sortir de là sans laisser de traces, ou du moins, de sortir de cet espace sans contaminer de mes traces celles qui y sont déjà. J'y parviens enfin. L'homme qui était assis dans le fauteuil noir faisant face à la pièce y est toujours; il continue de prendre des photos avec sont téléphone intelligent. Je m'accroupis et j'observe l'artiste poursuivre sa création d'empreintes — râpage, soufflage, épinglage — s'enraciner dans le sol, laver ses mains et son visage. Je varie mon poste d'observation hors de l'espace de l'artiste. J'attends qu'elle soit dos à moi pour sortir discrètement de la galerie.
Je vais essayer d'être présente pour la suite :
Viva! art action 2011
October 04-09, 2011
at Bain Saint-Michel
information: http://vivamontreal.org
Témoin des vendredis soirs
Vendredis soirs de chasse à l'homme.
Les femmes cherchent une vie,
mais trouvent plus souvent une nuit.
Les femmes cherchent une vie,
mais trouvent plus souvent une nuit.
lundi 22 août 2011
Marigot
Un loup rêve de tourbières
Il avance sur les langues de sable
Puis risque un pas de côté
Sur le tapis des mousses
Ses mémoires remontent et l'engloutissent
Mais il ne craint pas les sables mouvants
Il épure ses gestes jusqu'à la douceur
Et flotte à la lisière des songes
Le loup dérive sur les traces du temps
Ses pattes deviennent des cailloux
Bordant un marigot
Une femme ramasse quatre pierres
Les glisse dans ses poches
S'avance dans l'eau
La vie est un mouvement fugace
Qui s'agite entre les mensonges
Il avance sur les langues de sable
Puis risque un pas de côté
Sur le tapis des mousses
Ses mémoires remontent et l'engloutissent
Mais il ne craint pas les sables mouvants
Il épure ses gestes jusqu'à la douceur
Et flotte à la lisière des songes
Le loup dérive sur les traces du temps
Ses pattes deviennent des cailloux
Bordant un marigot
Une femme ramasse quatre pierres
Les glisse dans ses poches
S'avance dans l'eau
La vie est un mouvement fugace
Qui s'agite entre les mensonges
mardi 16 août 2011
Texte sauvé de l'oubli numéro 3
Rien n'est jamais sûr.
Un regard, une caresse
Des mots qui s'égarent,
Emportés par des cavaliers fous
Éperdus à l'horizon.
Je les vois au loin.
Leurs montures mordent le temps.
Un regard, une caresse
Des mots qui s'égarent,
Emportés par des cavaliers fous
Éperdus à l'horizon.
Je les vois au loin.
Leurs montures mordent le temps.
Texte sauvé de l'oubli numéro 2
Combien de millénaires te séparent de ton corps, Méduse?
Pourtant, tu n'es pas morte, car ton effigie hante et pétrifie encore l'imagination des êtres.
Ton œil est toujours agile dans la colère. Il s'exerce à voir ce qui se tait à l'ombre de mes pensées.
Tu veilles sous mes paupières, Méduse, et d'étranges mots se tordent dans ma tête.
Ton cri erre encore, et encore et encore sur mes lèvres interdites.
Et je ne me possède plus.
Note :
Le Baiser Oculaire II, Josée Lambert et Alice Bergeron
Performance-installation, Soirée des murmures, Festival de théâtre des Amériques, 1986
Ces textes accompagnaient trois séries de photos de Josée Lambert.
Pourtant, tu n'es pas morte, car ton effigie hante et pétrifie encore l'imagination des êtres.
Ton œil est toujours agile dans la colère. Il s'exerce à voir ce qui se tait à l'ombre de mes pensées.
Tu veilles sous mes paupières, Méduse, et d'étranges mots se tordent dans ma tête.
Ton cri erre encore, et encore et encore sur mes lèvres interdites.
Et je ne me possède plus.
Note :
Le Baiser Oculaire II, Josée Lambert et Alice Bergeron
Performance-installation, Soirée des murmures, Festival de théâtre des Amériques, 1986
Ces textes accompagnaient trois séries de photos de Josée Lambert.
mardi 2 août 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1308:
Je suis ici: c'est la seule façon saine que j'ai trouvée de prendre position.
samedi 23 juillet 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1307:
Le problème, avec la méchanceté, c'est qu'il est facile d'en prendre l'habitude.
mardi 12 juillet 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1306:
Il faut que j'arrête de penser que je n'ai rien à dire et que je commence à écrire. Au lieu de parler de moi, je dois me faire témoin. Ce sera la même chose, mais en mieux.
lundi 11 juillet 2011
Texte sauvé de l'oubli numéro 1
Photo (c) Pierre Blackburn
Te souviens-tu?
Te souviens-tu de ta langue
touchant mes lèvres et
me traversant d'une bouche à l'autre?
Tu divisais mon corps
en deux cris.
lundi 27 juin 2011
Petite révélation d'insomnie no 1305:
Période fail mom. Comment se fait-il qu'un de mes fils soit un hard gamer dans le déni total? J'essaie d'éviter les anxiolytiques, mais il va bien falloir dormir un jour...
mardi 14 juin 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1304:
Je ne veux pas altérer mon humeur et mes perceptions autrement que par une attention plus aiguë portée au moment. Le présent est effectivement un cadeau : il est la parfaite conjonction entre l’espace et le temps, entre mon état d’être vivant partageant la présence d’autres êtres vivants et d’objets.
dimanche 15 mai 2011
Il y davantage d'années derrière que devant
J'ai commencé à danser sur le tard, même si j'aurais voulu le faire plus jeune - mais ça n'a pas été possible pour toutes sortes de raisons, dont les miennes. On and off, j'ai suivi des cours ici, des ateliers là. Donc, pas de formation sérieuse, et une lutte constante contre un sentiment d'imposture.
Un jour, je me suis aperçue que ce serait bête mourir sans avoir dansé et que, plus encore, je risquais de mourir de ne pas avoir dansé. On and off, j'ai suivi des cours ici, des ateliers là. Le sentiment d'imposture y était toujours, parfois même une certaine forme de panique, du fait du rejet, de la part des "vraies" danseuses, de qui je suis (âge, handicap visuel, manque de formation réelle). Mais lorsque je sortais d'une classe en larmes, après qu'une danseuse ou une prof/chorégraphe ait été bête avec moi ou, pis encore, quand tout un groupe m'avait ignorée, j'ai commencé à me dire que, ne serait-ce parce que j'avais payé pour suivre ce cours, j'avais le droit d'y être. Et les choses se sont mises à changer...
En janvier dernier, je me suis trouvée à augmenter la cadence, je suis passée d'un cours par semaine à quatre, et à participer, lorsque l'occasion se présentait ou quand on m'y invitait, à de petites représentations (spectacles de fin d'année, caméo dans Edgy Women, par exemple). La confiance et l'estime s'en sont trouvées si heureuses que j'ai continué de danser à ce rythme, malgré les longues heures de travail et toutes les responsabilités que je choisis d'avoir à la maison.
Je gagne ma vie comme chargée de projet en édition (éditrice de manuels scolaires) depuis 20 ans. Ces dernières années cependant, la danse et le théâtre m'ont amenée à constater qu'à force de réécrire les textes des autres, j'avais perdu la force d'écrire mes propres textes. Dur, dur d'accepter de regarder en face ce fait, surtout que j'aurais souhaité, espéré, pensé être écrivaine... Ne pas avoir écrit et ne pas écrire: voilà une autre des caries de mon âme. Il serait ridicule de mourir sans avoir écrit, et plus encore, est-ce que je ne risque pas de mourir si je n'écris pas?
Un jour, je me suis aperçue que ce serait bête mourir sans avoir dansé et que, plus encore, je risquais de mourir de ne pas avoir dansé. On and off, j'ai suivi des cours ici, des ateliers là. Le sentiment d'imposture y était toujours, parfois même une certaine forme de panique, du fait du rejet, de la part des "vraies" danseuses, de qui je suis (âge, handicap visuel, manque de formation réelle). Mais lorsque je sortais d'une classe en larmes, après qu'une danseuse ou une prof/chorégraphe ait été bête avec moi ou, pis encore, quand tout un groupe m'avait ignorée, j'ai commencé à me dire que, ne serait-ce parce que j'avais payé pour suivre ce cours, j'avais le droit d'y être. Et les choses se sont mises à changer...
En janvier dernier, je me suis trouvée à augmenter la cadence, je suis passée d'un cours par semaine à quatre, et à participer, lorsque l'occasion se présentait ou quand on m'y invitait, à de petites représentations (spectacles de fin d'année, caméo dans Edgy Women, par exemple). La confiance et l'estime s'en sont trouvées si heureuses que j'ai continué de danser à ce rythme, malgré les longues heures de travail et toutes les responsabilités que je choisis d'avoir à la maison.
Je gagne ma vie comme chargée de projet en édition (éditrice de manuels scolaires) depuis 20 ans. Ces dernières années cependant, la danse et le théâtre m'ont amenée à constater qu'à force de réécrire les textes des autres, j'avais perdu la force d'écrire mes propres textes. Dur, dur d'accepter de regarder en face ce fait, surtout que j'aurais souhaité, espéré, pensé être écrivaine... Ne pas avoir écrit et ne pas écrire: voilà une autre des caries de mon âme. Il serait ridicule de mourir sans avoir écrit, et plus encore, est-ce que je ne risque pas de mourir si je n'écris pas?
vendredi 22 avril 2011
Souvenirs - Angie, des Rolling Stones et A Whole Lotta Love, de Led Zeppelin
Dans ce temps-là (milieu des années 1970), un motard adulte et une fille de 15 ans, c'était pas de la pédophilie, ni même du détournement de mineure - on se faisait recruter de la même façon qu'aujourd'hui : les beaux mots et l'illusion de l'amour.
Je m'appelais Lyne. Le Gitan m'a choisi un nom, Coolin Baby. C'est quand je l'ai quitté que j'ai décidé que je m'appellerais Alice.
Je m'appelais Lyne. Le Gitan m'a choisi un nom, Coolin Baby. C'est quand je l'ai quitté que j'ai décidé que je m'appellerais Alice.
samedi 2 avril 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1303:
Souvent, ma solitude est telle, que toute souffrance devient abstraite.
dimanche 27 mars 2011
Annihiler ou lénifier?
Pour sentir - ou ressentir - il faudrait que je m'arrête, que je reste coite, silencieuse.
Au risque que ça se mette à crier. Alors, je fuis.
Je m'épuise de travail, d'activités, d'évitements de toutes sortes.
Évanouie de présences avortées, touchée pour être aussitôt repoussée.
Multipliant les occasions de contacts sans pour autant entrer en relation.
Où suis-je alors que je suis si loin de moi,
Prise au jeu de l'illusion, sans jamais assumer la faim d'exister?
Pâle pâture de la parure
Joueuse du paraître en public et, à défaut d'y être, par-être
en recherchant les occasions de m'offrir en spectacle
pour annihiler ou lénifier mon apersonnage
Au risque que ça se mette à crier. Alors, je fuis.
Je m'épuise de travail, d'activités, d'évitements de toutes sortes.
Évanouie de présences avortées, touchée pour être aussitôt repoussée.
Multipliant les occasions de contacts sans pour autant entrer en relation.
Photo: (c) Pierre Blackburn
Où suis-je alors que je suis si loin de moi,
Prise au jeu de l'illusion, sans jamais assumer la faim d'exister?
Pâle pâture de la parure
Joueuse du paraître en public et, à défaut d'y être, par-être
en recherchant les occasions de m'offrir en spectacle
pour annihiler ou lénifier mon apersonnage
samedi 12 mars 2011
Le principe de la relativisation
Comment accorder assez d'importance à ce qui en a moins au regard d'autres chagrins que le mien?
Pretend
So I pretend nothing's wrong and that all is well, and worthwile...
Everything is fine
In heaven, everything is fine. You've got your good things and I've got mine.
J'ai toujours pensé que les autres avaient raison. Et que moi, j'avais tort, même si la raison des autres ne faisait aucunement sens.
Pretend
So I pretend nothing's wrong and that all is well, and worthwile...
Everything is fine
In heaven, everything is fine. You've got your good things and I've got mine.
J'ai toujours pensé que les autres avaient raison. Et que moi, j'avais tort, même si la raison des autres ne faisait aucunement sens.
Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau?
Alice, don't give us that nonsense!
Petite révélation d'insomnie numéro 1302:
Le sens des responsabilités exacerbé qui m'anime est l'expression d'une névrose de maternage de compensation.
samedi 5 mars 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1301:
Je ne regrette pas les choix que j’ai faits. Ce sont plutôt les occasions que je n’ai pas saisies ou que je n’ai pas perçues qui me désolent.
mardi 1 mars 2011
mercredi 23 février 2011
Femme laide et heureuse et belle
J'ai vécu mes premiers émois dans le petit bois à l'arrière de la polyvalente, loin des regards des camarades de classe. Par la suite, mes passions se sont exprimées dans l'ombre, sous un éclairage tamisé ou en cachette des amis et des proches. J'étais l'antithèse de la femme trophée : une femme cachée. D'ailleurs, un de mes amants m’a dit un jour que j’étais une femme laide et heureuse et belle. Et, à l'instar de nombreux autres, il trouvait important de cultiver un certain secret sur la nature et la culture de nos relations. Personne ou presque ne s'est douté que nous sortions ensemble.
J'ai toujours essayé d’aller chercher la beauté qui m’a été refusée dès ma petite enfance, notamment par le travail des mots et du corps. Mais je ne peux pas dire que ç'a bien réussi: la confiance n'est toujours pas au rendez-vous.
mardi 22 février 2011
Beauté intérieure : Définition
Fardeau additionnel imposé à une personne que la nature n'a pas choyée.
samedi 19 février 2011
La rupture du cul-de-sac
Cette famille est sur le point de se disloquer, de se délocaliser. Quelqu'un me disait plus tôt cette semaine que les conflits familiaux renforçaient les liens. Dans cette famille, c'est le contraire qui se produit. Les conflits incessants ont défait le tissu et chaque maille révèle une plus grande faille. C'est la rupture du cul-de-sac.
Cauchemar doux
Un jour, j'ai décidé de partir. J'étais dans cet endroit depuis tellement d'années. Même chambre, même lit, même chambreuses. J'en étais venue à me confondre avec elles. Comme il n'y avait pas de miroirs dans la chambre, elles étaient devenues mon reflet. Parfois, je m'aventurais d'un pas mal assuré dans le couloir. Juste avant les portes de verre, il y avait une autre chambre. En plus des deux lits, il y avait une espèce de lit cocon, dont j'évitais soigneusement de m'approcher. Ce jour là, j'ai franchi les portes de verre sans problème. Pourtant, je croyais qu'il était impossible de quitter les lieux.
Une fois sortie, je me retrouve au coin du boulevard Deguire et de la rue Philippe. Je me dirige lentement vers la rue Principale. Le ciel a des teintes pastels qui changent au fur et à mesure que je m'approche de la rue Principale. Sur ma droite, là où il y avait le cimetière, des avions de type Concorde atterrissent verticalement. Les rares passants que je croise me regardent d'un drôle d'air. C'est alors que la réalité me frappe de plein fouet: il va falloir vivre, trouver à manger, m'assurer d'avoir un endroit où je serai en sécurité. J'entre dans un petit café-dépanneur. Je me réveille au moment où je m'apprête à demander au gérant si je peux faire le ménage de l'endroit, en échange du gîte et du couvert.
Une fois sortie, je me retrouve au coin du boulevard Deguire et de la rue Philippe. Je me dirige lentement vers la rue Principale. Le ciel a des teintes pastels qui changent au fur et à mesure que je m'approche de la rue Principale. Sur ma droite, là où il y avait le cimetière, des avions de type Concorde atterrissent verticalement. Les rares passants que je croise me regardent d'un drôle d'air. C'est alors que la réalité me frappe de plein fouet: il va falloir vivre, trouver à manger, m'assurer d'avoir un endroit où je serai en sécurité. J'entre dans un petit café-dépanneur. Je me réveille au moment où je m'apprête à demander au gérant si je peux faire le ménage de l'endroit, en échange du gîte et du couvert.
mardi 8 février 2011
Déchéance
Je ne dirais pas non, mais comme je suis morte, ça ne risque pas de se produire. Non, ce n'est pas tout à fait vrai : ça s'est bien produit il y a quelques semaines (mois?) déjà, avec un "prestige-de-dateur" saoul. C'est tellement humiliant d'entendre un mec se vanter de ses conquêtes, surtout quand il pense que ça va te faire sauter dans ses pantalons! Ou encore, lorsqu'il te dit, en te semi-tripotant, qu'en règle générale, il "lève" des jeunesses, car il pogne encore en masse, mais que ce soir, bien qu'il ne comprenne pas pourquoi, il "entreprend" quelqu'un qui est de son groupe d'âge, en l'occurrence, moi. Non, mais si ce n’est pas un turn off, je ne sais pas ce que c'est!
Il faut croire que je n'ai pas le tour — aucun talent pour le grand jeu ou les petites manœuvres de la séduction. Trop sauvage — ou myope.
Arrrgh, je ne me résigne pas à n'être plus présente dans le regard d'un homme. Il va pourtant que je m'y fasse : à la vieillesse nulle n'échappe!
Il faut croire que je n'ai pas le tour — aucun talent pour le grand jeu ou les petites manœuvres de la séduction. Trop sauvage — ou myope.
Arrrgh, je ne me résigne pas à n'être plus présente dans le regard d'un homme. Il va pourtant que je m'y fasse : à la vieillesse nulle n'échappe!
dimanche 6 février 2011
Par amnésie (suite)
Il ne me dit rien qui vaille. En fait, il ne dit rien. Je sens qu’il est à l’affût de mes moindres gestes. C’est un duel que je vais perdre si j’ouvre la bouche. Je me contente de le regarder. C’est lui le plus fort, et il le sait. Pourtant, ses horribles pantalons bruns en velours côtelé sont trop grands pour lui et ça lui fait une espèce de poche informe au niveau des…
-- Pourquoi détestes-tu les hommes ? me demande le psychiatre.
-- Pourquoi détestes-tu les hommes ? me demande le psychiatre.
Celle-là, je ne l’ai pas vue venir. Je me replace lentement sur le rebord de la fenêtre où j’ai choisi de m’installer. Le lierre suspendu s’amuse avec mes cheveux et le soleil réchauffe mon dos. Je me retiens pour ne pas éclater de rire. Bon sang, comment répondre à une question aussi stupide? Ma mère a hâte d’aller fumer une cigarette. J’imagine qu’elle a demandé d’assister à cet entretien. À moins que la loi ne l’exige, étant donné que j’ai à peine 14 ans? Je n’aurais pas dû accepter ce rendez-vous… Mais il va falloir répondre.
-- Ce ne sont pas les hommes que je déteste, ce sont les femmes.
Le docteur Machin, psychiatre pour adolescents, demande alors à ma mère de sortir. Finalement, il n’est pas si stupide que cela. Nous nous reverrons deux fois, puis je consacrerai les mardis après-midi suivants à mes nouveaux "amis".
-- Ce ne sont pas les hommes que je déteste, ce sont les femmes.
Le docteur Machin, psychiatre pour adolescents, demande alors à ma mère de sortir. Finalement, il n’est pas si stupide que cela. Nous nous reverrons deux fois, puis je consacrerai les mardis après-midi suivants à mes nouveaux "amis".
samedi 5 février 2011
Gloire
Ce soir, j'ai la nostalgie des nuits du Cargo, quand il arrivait qu'un parfait inconnu me demande respectueusement la permission d'embrasser mon long cou. Nuits de gloire comme celle où, contre toute attente, celui que j'avais aperçu, dans une cuisine de la rue Ontario, était venu me rejoindre pour me demander s'il pouvait venir dormir chez moi. Peut-être avait-il décidé de m'adopter lui aussi, comme les chatons noirs de cet appartement. Oui, c'est sans doute pour cette raison qu'il m'avait remarquée, car j'étais restée à l'écart, bien calée dans un sofa, avec tous ces chatons blottis contre moi. C'était un drôle d'endroit que cet appartement. Je soupçonnais même qu'il était hanté, car je ne pouvais monter au 2e étage — de mauvaises vibrations me faisant rebrousser chemin.
mardi 1 février 2011
Oser écrire
Très jeune, j’ai dû me rendre à l’évidence qu’écrire serait laborieux, essentiel, pénible et exaltant. De nombreux proches, constatant que j’avais l’indignation et la répartie faciles, mais que j’étais molle dans l’action, m’ont prédit une carrière de journaliste ou d’avocate. Parents, amis, enseignants et voisins se moquaient de moi en affirmant que je parlais comme un grand livre, qu’ils refermaient aussitôt. Par esprit de contradiction et par paresse, je ne suis pas devenue journaliste ou avocate.
C’est presque malgré moi que je manie les mots. Bien qu’il m’arrive encore de penser que je ne veux pas écrire, je ne peux pas m’en empêcher ! Et quand je le fais, je passe un temps fou à recommencer, à réécrire, à jeter et à récupérer des textes. Je déteste avoir autant de difficulté à exprimer quoi que ce soit. Parfois, après des heures passées à contempler toutes les ratures et tous les ratés, il y a quelques mots qui se faufilent dans la page ou à l’écran, et qui me touchent. Ces mots pourraient-ils amener un éventuel lecteur à ressentir des émotions, réveiller des souvenirs ou alimenter son désir de création ? Cette pensée me procure un certain plaisir, qui s’estompe bien rapidement, car je redoute qu’on me lise, même si je le souhaite.
dimanche 30 janvier 2011
Par amnésie - début
La conscience d'un "don" apparaît très tôt chez certains individus. Bien souvent, ce sont les proches qui en pressentent l'existence et qui le stimulent, ou pas. Dans certains milieux, il arrive qu'un don soit perçu comme dérangeant, voire inacceptable. L'enfant doit alors porter un fardeau et s'inscrire en porte-à-faux de certaines valeurs du groupe auquel il appartient. Souvent, on le surprend à penser qu'il est un enfant adopté ou encore, à rêver qu'un jour, des extraterrestres viendront le chercher à l'école, en plein milieu d'un examen, pour le ramener chez lui, parmi les siens. Certains individus ont moins de chance. Dans leur enfance, ils cherchent ce don ou ce talent qui rendrait acceptable leur profonde différence, sans le trouver. Bien souvent, ils oscillent entre l'exaltation et le désespoir, dans la plus grande indifférence de leurs proches. À l'adolescence, les poussées hormonales alimentent ce sentiment aigu qu'il FAUT que quelque chose compense, explique, justifie leur différence réelle, ou perçue comme telle.
Des événements inexplicables, souvent sous la forme de sentiments de "déjà vu", sont survenus. Je ne veux pas en parler, j'ai même intérêt à me taire, car j'ai constaté que certaines personnes éprouvent un malaise en ma présence. Ce malaise entrelacé de peur a pris des proportions monstrueuses l'autre jour, car quelques secondes avant que la porte de la classe ne s'ouvre, j'ai prononcé les mots suivants: "Le petit Laplante est malade, il faut le ramener chez lui". La directrice adjointe a effectivement ouvert la porte de la classe, et demandé à la titulaire si j'y étais (j'habite dans la même rue que le petit Laplante). J'ai sursauté lorsqu'elle a prononcé mon nom, mais pas autant que les autres élèves et la titulaire lorsqu'elle m'a demandé si je pouvais aller reconduire le petit Laplante chez lui, car il était malade. La semaine suivante, j'avais un rendez-vous en psychiatrie.
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Des événements inexplicables, souvent sous la forme de sentiments de "déjà vu", sont survenus. Je ne veux pas en parler, j'ai même intérêt à me taire, car j'ai constaté que certaines personnes éprouvent un malaise en ma présence. Ce malaise entrelacé de peur a pris des proportions monstrueuses l'autre jour, car quelques secondes avant que la porte de la classe ne s'ouvre, j'ai prononcé les mots suivants: "Le petit Laplante est malade, il faut le ramener chez lui". La directrice adjointe a effectivement ouvert la porte de la classe, et demandé à la titulaire si j'y étais (j'habite dans la même rue que le petit Laplante). J'ai sursauté lorsqu'elle a prononcé mon nom, mais pas autant que les autres élèves et la titulaire lorsqu'elle m'a demandé si je pouvais aller reconduire le petit Laplante chez lui, car il était malade. La semaine suivante, j'avais un rendez-vous en psychiatrie.
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