Suspendre les mots
À la fatigue des heurts
Nausées
Que les nuits troubles
De lueurs étalent
Au gré de vagues
Espoirs
mercredi 19 mars 2014
vendredi 14 mars 2014
Douce compagne de solitude
J'ai envie de Nicotine
De sa présence toute en volutes bleues
Qui m'enveloppe
Et m'étouffe
Quelque chose d'un peu dur
À embrasser doucement
Et qui accueille mes lèvres
Dans quelque état qu'elles soient
Je m'ennuie de cette toute petite chose
Qui repousse les larmes
En les attirant par en-dedans
Qu'elle me manque
Cette touche
Objet de désir à l'odeur âcre
Que je savais tenir avec tant de grâce
Et qui, en retour
Me donnait contenance
Je n'étais jamais vraiment seule
Quand je fumais
Du moins,
Pas comme je le suis maintenant
Une cigarette à la main
Je pouvais me déposer
Dans n'importe quel bar
Dans n'importe quel café
Avoir quelque chose à faire
De mon corps
De mon regard
Sans souffrir de mon absence
De mon invisibilité
De ma difficulté à communiquer
Où que j'aille
Quelle que soit l'heure
Ma chum m'accompagnait.
On faisait la paire
Ma Clope et moi,
Son éclopée.
De sa présence toute en volutes bleues
Qui m'enveloppe
Et m'étouffe
Quelque chose d'un peu dur
À embrasser doucement
Et qui accueille mes lèvres
Dans quelque état qu'elles soient
Je m'ennuie de cette toute petite chose
Qui repousse les larmes
En les attirant par en-dedans
Qu'elle me manque
Cette touche
Objet de désir à l'odeur âcre
Que je savais tenir avec tant de grâce
Et qui, en retour
Me donnait contenance
Je n'étais jamais vraiment seule
Quand je fumais
Du moins,
Pas comme je le suis maintenant
Une cigarette à la main
Je pouvais me déposer
Dans n'importe quel bar
Dans n'importe quel café
Avoir quelque chose à faire
De mon corps
De mon regard
Sans souffrir de mon absence
De mon invisibilité
De ma difficulté à communiquer
Où que j'aille
Quelle que soit l'heure
Ma chum m'accompagnait.
On faisait la paire
Ma Clope et moi,
Son éclopée.
dimanche 2 mars 2014
Les bonnes manières
Il faudrait que nous ayons des choses à nous dire avant qu'un pendant prenne la forme d'un après. Tant de gêne devant ce désir que je fais naître. Tant de surprise devant ces mains qui s'approchent et ces yeux doux dont je ne capte l'éclat qu'à rebours. J'ai si mal aux lendemains impolis d'avoir donné trop rapidement par crainte de la honte plus grande encore que j'aurais éprouvée à ne pas honorer une promesse que j'ignorais avoir faite.
Tissu de mensonges
Les pires mensonges
C'est à moi que je les murmure
Fragments élimés
Unis par des raccords qui jurent
Ces rapprochements de vérités floues
N'existent vraiment
Que parce que je les couds
Je surpique mes songes
De gros fils blancs
Qui tissent des vœux pieux
En vains raccommodements
J'y ajoute des froufrous
Que j'orne de guipures
Aux motifs de brocarts effilochés
Est-ce pour moi que je couds
Des coupons dépareillés
Unis par des serrements
Qui se jurent vérité
Malgré les jonctions floues
et les bouts rabibochés?
Cousette mal aguerrie
Je pique, puis faufile
Nos étoffes fatiguées
Aux rebords défaits
D'amours déçues
Réunies en mosaïque
Par nos silences qui s'y mentaient
Je me suis battue à plates couture
Au lieu d'en découdre
Avec cette nostalgie
De nos chaos si légers
Passepoils de velours
Œillades paisley
Baisers mousselines
J'ai voulu t'offrir
L'ourlet de mes lèvres
Réunir d'ébauches
Nos liens incertains
Pour en faire des courtepointes
Où nos corps moites et lassés
Se blottiraient au creux des mêmes rêves
Mais tu n'avais pas l'étoffe de l'amour
Tu as sorti ton coupe-fils
Défait mes coutures
Écorché tous mes plis
Abîmé mon cœur
Encore et encore
Aux arêtes du rocher
Imprenable qu'est le tien
mardi 18 février 2014
Délire génétique
La flamme a
tout mordu
des dents ont résisté
et jonchent maintenant le sol
perles incarnées qui subsistent
alors que les autres
les dents d’or
sont fondues en chaînes d’oubli
Tous ces noms dans la mort sans fin
enroulés par millions dans l’enfer
N'en savons rien
Humains sans transes à jamais entachés
entassés dans ces fosses sans urnes
qu’oblitèrent des cendres communes
D’où s’échappent les atomes
ichoreux
fumerolles
érodant la paroi du temps
Pour qu'adénine et thymine
Guanine et cytosine
s’accouplent en brins hélicoitaux
Dieu
non-dieu
la vie
des dents ont résisté
et jonchent maintenant le sol
perles incarnées qui subsistent
alors que les autres
les dents d’or
sont fondues en chaînes d’oubli
Tous ces noms dans la mort sans fin
enroulés par millions dans l’enfer
N'en savons rien
Humains sans transes à jamais entachés
entassés dans ces fosses sans urnes
qu’oblitèrent des cendres communes
D’où s’échappent les atomes
ichoreux
fumerolles
érodant la paroi du temps
Pour qu'adénine et thymine
Guanine et cytosine
s’accouplent en brins hélicoitaux
Dieu
non-dieu
la vie
lundi 17 février 2014
Mémoire de possession - ébauche (1)
Je rêve de rencontrer Yolande Villemaire pour lui raconter une nuit de possession, vers la fin des années 1980, nuit au cours de laquelle l'angoisse m'a enveloppée, transpercée, traversée, puis habitée sans que je puisse comprendre immédiatement ce qui se passait. Je lisais La Constellation du Cygne, paru aux Éditions de la Pleine Lune en 1985. L'histoire portait sur la passion entre une prostituée juive et un officier nazi. À l'époque, je vivais plusieurs relations simultanées, dont une, particulièrement malaisée et malsaine avec un type un peu fou qui s'était brûlé les neurones avec diverses substances. Je lisais frénétiquement le roman, m'y enfonçant de plus en plus, revenant sur les pages, trébuchant sur des mots, des lieux, nauséeuse en permanence, aux prises avec une impression de déjà-vu irrationnelle. Une nuit, alors que je recommençais à lire encore une fois le même passage, une évidence me frappa de plein fouet et je déchirai la page sous le choc: mon nom, Alice Bergeron, était l'anagramme presque parfaite, quoique amputée d'un "S", du nom de son personnage féminin: Celia Rosenberg. J'en perdis le sommeil des jours durant.
Quelques semaines plus tard, en entrant avec une amie dans un commerce d'antiquaire délabré, un vieil hibou-médium, propriétaire des lieux, m'apostropha violemment et me révéla que j'étais une erreur de la nature, une malfaçon en transition dans la vie présente, car je devais expier de nombreux péchés, pas juste les miens, le feu n'ayant pas réussi à tuer toute mon âme. Selon lui, j'étais morte brûlée au début des années 1940, probablement vers la fin de l'année 1941, putain dans ma chair et ange dans mon cœur, mais mal consumée, des fragments de poussières d'âme et d'inconscient en errance avaient trouvé leur chemin jusqu'à moi - comme en témoignait mon œil égaré.
Quelques semaines plus tard, en entrant avec une amie dans un commerce d'antiquaire délabré, un vieil hibou-médium, propriétaire des lieux, m'apostropha violemment et me révéla que j'étais une erreur de la nature, une malfaçon en transition dans la vie présente, car je devais expier de nombreux péchés, pas juste les miens, le feu n'ayant pas réussi à tuer toute mon âme. Selon lui, j'étais morte brûlée au début des années 1940, probablement vers la fin de l'année 1941, putain dans ma chair et ange dans mon cœur, mais mal consumée, des fragments de poussières d'âme et d'inconscient en errance avaient trouvé leur chemin jusqu'à moi - comme en témoignait mon œil égaré.
mardi 11 février 2014
Mère d'accueil
Elle attend, nue
Un peu fripée
Parfois froissée
Ce qui est tu
Mais veut surgir
Elle est patience
Et mère d'accueil
Des effusions
De la distance
De la caresse
Des griffures
Elle prend tout
Sans distinction
Ce qui disparaît
Comme ce qui dure
Le beau, le laid
Le faux, le vrai
Le dur, le mou
Elle recueille
Et redonne
Et redonne
Sa seule mission
Est d'être une feuille
Un peu fripée
Parfois froissée
Ce qui est tu
Mais veut surgir
Elle est patience
Et mère d'accueil
Des effusions
De la distance
De la caresse
Des griffures
Elle prend tout
Sans distinction
Ce qui disparaît
Comme ce qui dure
Le beau, le laid
Le faux, le vrai
Le dur, le mou
Elle recueille
Et redonne
Et redonne
Sa seule mission
Est d'être une feuille
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