Affichage des articles dont le libellé est Expiation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Expiation. Afficher tous les articles

dimanche 2 mars 2014

Les bonnes manières

Il faudrait que nous ayons des choses à nous dire avant qu'un pendant prenne la forme d'un après. Tant de gêne devant ce désir que je fais naître. Tant de surprise devant ces mains qui s'approchent et ces yeux doux dont je ne capte l'éclat qu'à rebours. J'ai si mal aux lendemains impolis d'avoir donné trop rapidement par crainte de la honte plus grande encore que j'aurais éprouvée à ne pas honorer une promesse que j'ignorais avoir faite.

Tissu de mensonges


Les pires mensonges
C'est à moi que je les murmure
Fragments élimés
Unis par des raccords qui jurent
Ces rapprochements de vérités floues
N'existent vraiment
Que parce que je les couds

Je surpique mes songes
De gros fils blancs
Qui tissent des vœux pieux
En vains raccommodements
J'y ajoute des froufrous
Que j'orne de guipures
Aux motifs de brocarts effilochés

Est-ce pour moi que je couds
Des coupons dépareillés
Unis par des serrements
Qui se jurent vérité
Malgré les jonctions floues
et les bouts rabibochés?

Cousette mal aguerrie
Je pique, puis faufile
Nos étoffes fatiguées
Aux rebords défaits
D'amours déçues
Réunies en mosaïque
Par nos silences qui s'y mentaient

Je me suis battue à plates couture
Au lieu d'en découdre
Avec cette nostalgie
De nos chaos si légers
Passepoils de velours
Œillades paisley
Baisers mousselines

J'ai voulu t'offrir
L'ourlet de mes lèvres
Réunir d'ébauches
Nos liens incertains
Pour en faire des courtepointes
Où nos corps moites et lassés
Se blottiraient au creux des mêmes rêves

Mais tu n'avais pas l'étoffe de l'amour
Tu as sorti ton coupe-fils
Défait mes coutures
Écorché tous mes plis
Abîmé mon cœur
Encore et encore
Aux arêtes du rocher
Imprenable qu'est le tien

lundi 17 février 2014

Mémoire de possession - ébauche (1)

Je rêve de rencontrer Yolande Villemaire pour lui raconter une nuit de possession, vers la fin des années 1980, nuit au cours de laquelle l'angoisse m'a enveloppée, transpercée, traversée, puis habitée sans que je puisse comprendre immédiatement ce qui se passait. Je lisais La Constellation du Cygne, paru aux Éditions de la Pleine Lune en 1985. L'histoire portait sur la passion entre une prostituée juive et un officier nazi. À l'époque, je vivais plusieurs relations simultanées, dont une, particulièrement malaisée et malsaine avec un type un peu fou qui s'était brûlé les neurones avec diverses substances. Je lisais frénétiquement le roman, m'y enfonçant de plus en plus, revenant sur les pages, trébuchant sur des mots, des lieux, nauséeuse en permanence, aux prises avec une impression de déjà-vu irrationnelle. Une nuit, alors que je recommençais à lire encore une fois le même passage, une évidence me frappa de plein fouet et je déchirai la page sous le choc: mon nom, Alice Bergeron, était l'anagramme presque parfaite, quoique amputée d'un "S", du nom de son personnage féminin: Celia Rosenberg. J'en perdis le sommeil des jours durant.

Quelques semaines plus tard, en entrant avec une amie dans un commerce d'antiquaire délabré, un vieil hibou-médium, propriétaire des lieux, m'apostropha violemment et me révéla que j'étais une erreur de la nature, une malfaçon en transition dans la vie présente, car je devais expier de nombreux péchés, pas juste les miens, le feu n'ayant pas réussi à tuer toute mon âme. Selon lui, j'étais morte brûlée au début des années 1940, probablement vers la fin de l'année 1941, putain dans ma chair et ange dans mon cœur, mais mal consumée, des fragments de poussières d'âme et d'inconscient en errance avaient trouvé leur chemin jusqu'à moi - comme en témoignait mon œil égaré.