mardi 18 février 2014

Délire génétique



La      flamme      a      tout      mordu
      des      dents      ont      résisté 
      et      jonchent      maintenant      le      sol 
perles      incarnées      qui      subsistent
      alors      que      les      autres 
      les      dents      d’or 
sont      fondues      en      chaînes      d’oubli 

Tous      ces      noms      dans      la      mort      sans      fin 
      enroulés      par      millions      dans      l’enfer 

N'en      savons      rien 

Humains      sans      transes      à      jamais      entachés 
      entassés      dans      ces      fosses      sans      urnes 
      qu’oblitèrent      des      cendres      communes

D’où      s’échappent      les      atomes 
      ichoreux
      fumerolles 
      érodant      la      paroi      du      temps 
      
Pour      qu'adénine      et      thymine 
Guanine      et      cytosine 
      s’accouplent      en      brins     hélicoitaux 

Dieu 
     non-dieu 
          la      vie

lundi 17 février 2014

Mémoire de possession - ébauche (1)

Je rêve de rencontrer Yolande Villemaire pour lui raconter une nuit de possession, vers la fin des années 1980, nuit au cours de laquelle l'angoisse m'a enveloppée, transpercée, traversée, puis habitée sans que je puisse comprendre immédiatement ce qui se passait. Je lisais La Constellation du Cygne, paru aux Éditions de la Pleine Lune en 1985. L'histoire portait sur la passion entre une prostituée juive et un officier nazi. À l'époque, je vivais plusieurs relations simultanées, dont une, particulièrement malaisée et malsaine avec un type un peu fou qui s'était brûlé les neurones avec diverses substances. Je lisais frénétiquement le roman, m'y enfonçant de plus en plus, revenant sur les pages, trébuchant sur des mots, des lieux, nauséeuse en permanence, aux prises avec une impression de déjà-vu irrationnelle. Une nuit, alors que je recommençais à lire encore une fois le même passage, une évidence me frappa de plein fouet et je déchirai la page sous le choc: mon nom, Alice Bergeron, était l'anagramme presque parfaite, quoique amputée d'un "S", du nom de son personnage féminin: Celia Rosenberg. J'en perdis le sommeil des jours durant.

Quelques semaines plus tard, en entrant avec une amie dans un commerce d'antiquaire délabré, un vieil hibou-médium, propriétaire des lieux, m'apostropha violemment et me révéla que j'étais une erreur de la nature, une malfaçon en transition dans la vie présente, car je devais expier de nombreux péchés, pas juste les miens, le feu n'ayant pas réussi à tuer toute mon âme. Selon lui, j'étais morte brûlée au début des années 1940, probablement vers la fin de l'année 1941, putain dans ma chair et ange dans mon cœur, mais mal consumée, des fragments de poussières d'âme et d'inconscient en errance avaient trouvé leur chemin jusqu'à moi - comme en témoignait mon œil égaré.

mardi 11 février 2014

Mère d'accueil

Elle attend, nue
Un peu fripée
Parfois froissée
Ce qui est tu
Mais veut surgir
Elle est patience
Et mère d'accueil
Des effusions
De la distance
De la caresse
Des griffures

Elle prend tout
Sans distinction
Ce qui disparaît
Comme ce qui dure
Le beau, le laid
Le faux, le vrai
Le dur, le mou

Elle recueille
Et redonne
Et redonne
Sa seule mission
Est d'être une feuille

mercredi 5 février 2014

Furtifs baisers



J’ai semé sur ta bouche
Des écueils de morsures
Mille pleurs s’y brisent
En gouttes d’âme
Dont je couvre ta peau

Mes mots pas sages se déchirent
Et ma fente asthmatique
Accueille ton désir bien serti

Ta fronde hoquète
Sans cul férir
Et étouffe ma faim
De non-recevoir

dimanche 2 février 2014

Bonheur d’usures


J’chuis pas douée pour le bonheur
Je travaille trop

J’fais trop d’efforts

J’en ai bien peur



C’pas plus facile avec les mots

Sont pas nombreux

J’fais de mon mieux

Et j’manque de temps



J’parle juste d’amour, c’est pour la forme

La nuit venue

J’dors nue mais seule

Le nez dans l’mur



Ch’pas vraiment belle, mais je fascine

Étrange oiselle

On veut mes ailes

Mais pas mon cœur



J’aimerais vraiment sortir du JE

Entrer dans l’JEU

Offrir mon âme

Te faire honneur



Mais je tombe à genoux devant toi

Immonde d’amour

Transie d’ardeur



Ton sourire fermeture-éclair

Ta faim sans goût

Désire mon gouffre



Et toi qui plonges vers moi chaque fois

Sans plus m’attendre

Ni même me voir



Ta grande lointeur me rend aride

Je te donne tout

Et davantage



J’te quitte avec ton ombre fixée

Au coin d’mes lèvres

Mais t’es plus là



Le jour durant, ta sève s’écoule

Et moi je meurs

D’adieux, encore