lundi 1 octobre 2012

Cryptophanie 011012

Au-delà de l'eau
dans le désert de mon nom,
de l'autre côté,
m'y revoir.

Dans l'élan
des chuchotements
ayant chu de l'entre,
un essor, soi-disant tu.

Sillage d'un regard
Pourfendu jusqu'à l'ouverture.

Et roule ma tête
Sur le rouge sable.

mardi 11 septembre 2012

BeauTé 6


Après le rêve
et le fantasme standard,
j'aperçois BeauTé 6

BeauTé 6
n'a pas de visage
Ses seins ne sont pas
outrancièrement gonflés

Elle se démarque des autres beautés
car ce qui la lie à l'homme
n'a rien d'un generic fuck
Son sexe est un mystère

BeauTé 6
est suspendue sur un écran
Ce qui lui tient lieu de tête
se détourne des giclées
de sang, de sperme, de bave

BeauTé 6
regarde derrière les colonnes dérangées
où ses rivales suspendues,
sans tête elles non plus,
étalent leurs chairs désirées,
leurs chères bouches chéries

http://divanorange.org/news/2012/09/11/vernissage-eric-thibodeau/



vendredi 7 septembre 2012

Ce pourquoi



C’est l’une des choses les plus vraies que j’aie dites et l’une des déclarations les plus fréquentes que j’aie faites – ne-pas-vouloir-écrire – sans prendre le temps de m’en expliquer. Le désir de non-écriture tire sa source d’un refus du pouvoir des mots. Peut-être serait-il plus juste de parler de mes croyances sur le pouvoir des mots, de ma peur des mots qui donnent du pouvoir ou du rejet de ceux et celles qui, par leurs mots, s’approprient le pouvoir discursif pour en user et en abuser. Ceci explique en partie la fascination qu’exercent sur moi les avocats, les prêcheurs, les écrivains, les philosophes et autres glorieux rhéteurs et expliqueurs de tout acabit, et mon désarroi devant leur maîtrise du verbe (petit et grand). À dire vrai, je me sens inepte et inapte en leur présence, fut-elle réelle ou imaginaire, car contrairement à eux, je n’arrive pas à discipliner et à concentrer ma pensée. Je dérive d’un mot à l’autre, au gré d’une recherche de sens ou de son absence, oubliant en chemin d’où je suis partie, suspendant le cours d’une idée au beau milieu d’une phrase, découvrant avec effroi que je ne sais plus où je voulais aller ou, pis encore, constatant avec horreur que je vous ai honteusement interrompu, pour me perdre et vous perdre en cours de route…

Pourquoi écrire si je ne sais pas ce que j’ai à dire avec suffisamment de conviction, de direction ou de précision? C’est qu’il y a une pression intérieure qui m'intime de le faire : d’où tous ces « débuts » de textes que je commets sans les lier ni les développer, encore moins les terminer… Voilà donc l’une des raisons pour lesquelles je-ne-veux-pas-écrire et, paradoxalement, j’éprouve le pressant besoin de le faire. Qu’en est-il justement de ce besoin de partager quelques mots alors que d’autres écrivent plus et mieux?

jeudi 30 août 2012

Lune douce

Ce soir, le ciel peint
des feux de miel et de cendres bleues
   
Nos reins se brisent
sur les traces de quelque rires

     j'avais oublié ta force
     tu avais oublié la mienne
     tu retrouves ma bouche
     je retrouve tes mains

Dans nos yeux s'enchevêtrent
des souvenirs

La nuit s'ouvre, opale

lundi 20 août 2012

L'étonnement

Cesser de penser. Afin de rester sous le charme doux des regards étouffés. Cesser d'y penser. Oublier jusqu'à l'éventualité d'un geste long, jusqu'au désir de connaître son nom. Cesser d'exister et laisser le temps couler sous mes aisselles.

Croire que je passe inaperçue. Nier le poids de ses cils s'accrochant à mes mouvements silencieux.

Tout à coup, il dit: "Pourquoi ne me regardes-tu pas?"

Je me retourne, il n'y a personne derrière moi.

Il rit: "Qui t'imagines-tu que je regarde?"

jeudi 16 août 2012

Banalités

J'avais presque oublié la taille des araignées à Lachine. Il faut se tenir loin des portes d'entrée des commerces, des lampadaires, des cadres de porte, des plantes suspendues. Sinon, elles nous prennent pour cibles.

Tout à l'heure, après ma visite au Lion Bleu, l'une d'elles m'a presque capturée. C'était près d'un bar sur Notre-Dame, près de la 8e avenue. Son "Hey, la p'tite, viens icitte!" m'a surprise, mais j'ai pu me dégager en levant le doigt, en me marchant d'un pas assuré et en marmonnant : "Attends un peu, je dois vérifier quelque chose." Comme de fait, l'arrêt du 195 était déplacé. J'ai dû revenir sur mes pas et attendre le prochain passage, à 23:18. Ça ne me tentait pas de prêter l'oreille à la junkie ou de lui donner de l'argent en échange de sa sob story. Elle m'a craché sa colère au visage et m'a quittée en faisant un doigt sans honneur.

J'avais presque oublié combien Lachine, c'est loin, et la faune parfois saugrenue de la rue Notre-Dame, tard le soir.


Plus tôt, j'avais cherché un lit et un peu de réconfort à Ville-Émard, mais l'enthousiasme dont a fait montre mon éventuel hôte a été tiède et  sa réponse à ma demande, quoique favorable, a été lente à venir et molle, ce qui m'a dégonflée. De toutes façons, là aussi, il aurait fallu prêter l'oreille et mes réserves d'énergie étaient à sec bien plus qu'à sexe.

Me voici donc dans le 195, en direction de la station Angrignon. Tiens, je suis déjà rendue à Ville-Saint-Pierre. Le vieux tube "Y'a de l'amour dans l'air" tonitrue à la radio alors que deux jeunes cyclistes hurlent en frôlant le bus qui vire lentement. Une chance, la chauffeuse est zen, car "Y'a de l'amour dans l'ai - ai - ai -air, ce - e soir"...

Le fait d'avoir commencé la journée dans le parc industriel Anjou pour la terminer dans le parc industriel Lasalle m'assène un coup de cafard et libère de vagues réminiscences du sol humide du parc Lasalle, à la fin des années 1970.


 Moments fugaces où grâce au necking, je me dissolvais dans la bouche, dans les bras et dans le corps de quelques copains d'infortune, pour échapper à la solitude.

Lents silences

Je me tais à petit feu
Murmure tapi sous l'ombre d'un doute
Ébahi par des rêves couverts
De poussières de mots et de morts