samedi 5 février 2011
Gloire
Ce soir, j'ai la nostalgie des nuits du Cargo, quand il arrivait qu'un parfait inconnu me demande respectueusement la permission d'embrasser mon long cou. Nuits de gloire comme celle où, contre toute attente, celui que j'avais aperçu, dans une cuisine de la rue Ontario, était venu me rejoindre pour me demander s'il pouvait venir dormir chez moi. Peut-être avait-il décidé de m'adopter lui aussi, comme les chatons noirs de cet appartement. Oui, c'est sans doute pour cette raison qu'il m'avait remarquée, car j'étais restée à l'écart, bien calée dans un sofa, avec tous ces chatons blottis contre moi. C'était un drôle d'endroit que cet appartement. Je soupçonnais même qu'il était hanté, car je ne pouvais monter au 2e étage — de mauvaises vibrations me faisant rebrousser chemin.
mardi 1 février 2011
Oser écrire
Très jeune, j’ai dû me rendre à l’évidence qu’écrire serait laborieux, essentiel, pénible et exaltant. De nombreux proches, constatant que j’avais l’indignation et la répartie faciles, mais que j’étais molle dans l’action, m’ont prédit une carrière de journaliste ou d’avocate. Parents, amis, enseignants et voisins se moquaient de moi en affirmant que je parlais comme un grand livre, qu’ils refermaient aussitôt. Par esprit de contradiction et par paresse, je ne suis pas devenue journaliste ou avocate.
C’est presque malgré moi que je manie les mots. Bien qu’il m’arrive encore de penser que je ne veux pas écrire, je ne peux pas m’en empêcher ! Et quand je le fais, je passe un temps fou à recommencer, à réécrire, à jeter et à récupérer des textes. Je déteste avoir autant de difficulté à exprimer quoi que ce soit. Parfois, après des heures passées à contempler toutes les ratures et tous les ratés, il y a quelques mots qui se faufilent dans la page ou à l’écran, et qui me touchent. Ces mots pourraient-ils amener un éventuel lecteur à ressentir des émotions, réveiller des souvenirs ou alimenter son désir de création ? Cette pensée me procure un certain plaisir, qui s’estompe bien rapidement, car je redoute qu’on me lise, même si je le souhaite.
dimanche 30 janvier 2011
Par amnésie - début
La conscience d'un "don" apparaît très tôt chez certains individus. Bien souvent, ce sont les proches qui en pressentent l'existence et qui le stimulent, ou pas. Dans certains milieux, il arrive qu'un don soit perçu comme dérangeant, voire inacceptable. L'enfant doit alors porter un fardeau et s'inscrire en porte-à-faux de certaines valeurs du groupe auquel il appartient. Souvent, on le surprend à penser qu'il est un enfant adopté ou encore, à rêver qu'un jour, des extraterrestres viendront le chercher à l'école, en plein milieu d'un examen, pour le ramener chez lui, parmi les siens. Certains individus ont moins de chance. Dans leur enfance, ils cherchent ce don ou ce talent qui rendrait acceptable leur profonde différence, sans le trouver. Bien souvent, ils oscillent entre l'exaltation et le désespoir, dans la plus grande indifférence de leurs proches. À l'adolescence, les poussées hormonales alimentent ce sentiment aigu qu'il FAUT que quelque chose compense, explique, justifie leur différence réelle, ou perçue comme telle.
Des événements inexplicables, souvent sous la forme de sentiments de "déjà vu", sont survenus. Je ne veux pas en parler, j'ai même intérêt à me taire, car j'ai constaté que certaines personnes éprouvent un malaise en ma présence. Ce malaise entrelacé de peur a pris des proportions monstrueuses l'autre jour, car quelques secondes avant que la porte de la classe ne s'ouvre, j'ai prononcé les mots suivants: "Le petit Laplante est malade, il faut le ramener chez lui". La directrice adjointe a effectivement ouvert la porte de la classe, et demandé à la titulaire si j'y étais (j'habite dans la même rue que le petit Laplante). J'ai sursauté lorsqu'elle a prononcé mon nom, mais pas autant que les autres élèves et la titulaire lorsqu'elle m'a demandé si je pouvais aller reconduire le petit Laplante chez lui, car il était malade. La semaine suivante, j'avais un rendez-vous en psychiatrie.
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Des événements inexplicables, souvent sous la forme de sentiments de "déjà vu", sont survenus. Je ne veux pas en parler, j'ai même intérêt à me taire, car j'ai constaté que certaines personnes éprouvent un malaise en ma présence. Ce malaise entrelacé de peur a pris des proportions monstrueuses l'autre jour, car quelques secondes avant que la porte de la classe ne s'ouvre, j'ai prononcé les mots suivants: "Le petit Laplante est malade, il faut le ramener chez lui". La directrice adjointe a effectivement ouvert la porte de la classe, et demandé à la titulaire si j'y étais (j'habite dans la même rue que le petit Laplante). J'ai sursauté lorsqu'elle a prononcé mon nom, mais pas autant que les autres élèves et la titulaire lorsqu'elle m'a demandé si je pouvais aller reconduire le petit Laplante chez lui, car il était malade. La semaine suivante, j'avais un rendez-vous en psychiatrie.
samedi 22 janvier 2011
« Je ne suis pas jolie, je suis pire. » Pauline de Metternich (1836-1921)
Inévitablement, l'expérience annihile la croyance en une « beauté intérieure », cette sorte de prix de consolation dont la quête est imposée aux personnes qui ne sont pas (suffisamment) belles de l’extérieur.
lundi 17 janvier 2011
Apprendre à dire
J'apprends mon texte en grelottant,
Seule au milieu des entrepôts fatigués.
Dans un abribus au bout de l'île,
Je m'exerce à calmer les tremblements de ma voix
Et à clamer haut et fort des mots
Qui s'aiguisent dans ma bouche.
Seule au milieu des entrepôts fatigués.
Dans un abribus au bout de l'île,
Je m'exerce à calmer les tremblements de ma voix
Et à clamer haut et fort des mots
Qui s'aiguisent dans ma bouche.
dimanche 16 janvier 2011
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