lundi 20 décembre 2010

Sombre bilan

Should have been
Never was

- Qu'est-ce qu'elle t'a fait ta mère? me demande-t-il
- Vraiment, tu n'as pas idée.

J'ai mis mon manteau et mes bottes, et je suis sortie dans la nuit. Encore. Ce n'est pas la première fois que je sors ainsi, pensant me calmer. Il fait froid dehors. Le bus n'arrive pas. Je marche un peu au hasard. Il y a le 11, au coin de Christophe-Colomb et Rachel, mais je n'ai pas le courage de le prendre et d'arrêter sur le mont Royal - ou plus loin - car j'ai peur de me rendre de l'autre côté. L'avenue du Mont-Royal fera tout aussi bien l'affaire.

Ma mère ne m'a rien fait ou plutôt, elle n'a rien fait. J'ai hérité cela d'elle, le "ne rien faire". Je ne fais rien. À partir de quel moment est-ce que ça arrête? Paradoxalement, il arrive que ça arrête quand ça commence. Mais pour cela, il faut atteindre un point extrême d'immobilité, et attendre ou espérer le tremblement de la rupture. Après, quand se profile une brèche,  il faut trouver le courage de s'y engouffrer: ça s'appelle alors le point de non-retour. Ce point, je l'entrevois souvent, mais je n'arrive pas à m'y engager. À cause du "ne rien faire". C'est ma petite lâcheté à moi.

Me voici donc partie, pour aller où? C'est lorsque je pars en cavale que je m'aperçois que je n'ai nulle part où aller.

mercredi 24 novembre 2010

Pigeon Story

Les travaux devraient être terminés depuis plus de deux semaines, mais ça n’en finit plus : il y a de la menuiserie à faire, car derrière les panneaux retirés, il y a presque toujours de mauvaises surprises qui nous attendent. De plus, pourquoi régler le problème initial (le toit du 3e coule dans la maison et dans le hangar) quand on peut corriger l’empiètement du 3e étage chez le voisin et dans la ruelle en sciant les murs des deux derniers étages du hangar ? Pourquoi ne pas en profiter pour remplacer la vieille tôle rouillée tout en saisissant l’occasion pour changer le plancher des balcons, etc. ? C’est toujours la même chose : Monsieur a non seulement mal évalué la portée des travaux, mais il a décidé de régler tout ce qui cloche… et je le soutiens dans ses projets les plus fous, les plus foireux, les plus presque-pas-réalisables. Parfois, je me dis que c’est la seule façon de partager sa vie : en l’aidant du mieux que je peux. J’en suis à peu près là dans mes réflexions, en équilibre instable sur un échafaud, lorsque quelque chose me tombe sur la tête. J’ai à peine le temps de crier et de reprendre mes esprits que ça fait « ploc » deux étages plus bas.


You’re all I need
You’re all I need
I’m in the middle of your picture
Lying in the reeds
I am a moth
Who just wants to share your light
I’m just an insect
Trying to get out of the night
I only stick with you
Because there are no others

Radiohead, All I need, 2007.

Un pigeon est tombé sur ma tête, puis a dégringolé entre les plateformes jusqu’au sol. Il a ensuite repris ses esprits et s’est envolé. Après le choc initial, c’est la surprise : cet événement a-t-il vraiment eu lieu ? La probabilité qu’un pigeon me tombe précisément sur la tête est plutôt faible, non ? Surtout si l’on considère la position que j’occupais dans l’échafaudage, et le peu d’espace entre les madriers au-dessus de ma tête et la plateforme sur laquelle je prenais place. Est-ce un signe ?

 Photograph by Rama, Wikimedia Commons, Cc-by-sa-2.0-fr

Dans certaines traditions, le pigeon joue un rôle important dans la communication entre les mondes, pour autant que l’on comprenne ce que cela veut dire. À quels mondes fait-on référence ? Je n’en connais qu’un seul : celui dans lequel je vis, et qui constitue ma réalité. Par contre, mon expérience de la vie et mon âge font en sorte que je concèderais l’existence d’un second monde : un monde intérieur, celui de la pensée, des sensations et des émotions, qui n’est pas toujours extériorisé dans la réalité.

Mais revenons au pigeon. Il semble que, tout comme la colombe, celui-ci soit associé à la paix et à l’amour. Le pigeon, tout comme les autres oiseaux de la famille des Colombidés, symbolise la persévérance, le foyer, l’instinct maternel. Il incarne la nécessité de faire confiance à son intuition pour retrouver la stabilité, la quiétude de la demeure intérieure, la paix de l’âme. De plus, on lui reconnaît le pouvoir de retrouver son chemin, quoi qu’il arrive (rappelez-vous la colombe et le rameau d’olivier de la légende). Ce n’est pas pour rien qu’on utilise encore des pigeons voyageurs ou leurs intermédiaires, par exemple, les palomas (pigeons), ces tubes de métal qui acheminent vivres, médicaments et messages aux mineurs coincés à San José, au Chili. Alors, s’agit-il d’un augure ou d’un événement fortuit ? Du coup, je me suis rappelé Le preneur d’âmes (The Soul Catcher), de Frank Herbert (1972). En me tombant sur la tête, ce pigeon est-il devenu mon animal totem ? M’a-t-il rappelé que, dorénavant, je possédais certaines de ses caractéristiques ou encore, que je devais les faire miennes ?

Taken by Michael Baranovsky

Plusieurs conditions se sont trouvées réunies lors de cet événement : je suis en pleine réflexion sur le sens ma vie. Certes, je suis privilégiée : en témoignent ces travaux qui ont pour but d’améliorer le nid familial. Par contre, je ne réussis jamais à gommer cette impression d’étouffer dans une cage dorée, que ce soit sur le plan familial ou professionnel. Ainsi, mon équilibre, tant physique que mental, est toujours précaire. Qu’est-ce que cela peut bien signifier ?


C’est fou comme La Folle du Logis aime s’agiter, et s’agite effectivement, dès qu’elle en a l’occasion. La quête de sens a quelque chose d’insensé. L’être humain est peut-être le seul animal qui se permette d’être insensé ou de faire des gestes insensés sans que ça mette nécessairement sa vie ou celle des autres en danger. Quoique…
L’imagination est la folle du logis.
Malebranche
Ultimement, j’en conclus que le pigeon se fiche pas mal que je m’identifie à un pigeon voyageur ou à une colombe dans sa cage dorée : il a repris son envol, sa quête de nourriture, de protection, de procréation... Dois-je choisir la relative sécurité de la maison ou risquer un nouveau départ ? Partir ou rester ?

Adieu, tous les pigeons
Qui nous ont fait escorte
Adieu, Pont des Soupirs
Adieu, rêves perdus
C'est trop triste, Venise
Au temps des amours mortes
C'est trop triste. Venise
Quand on ne s'aime plus

Charles Aznavour, Que c'est triste Venise.
Paroles: Françoise Dorin. Musique: Eddy Barclay, 1964, © Editions Musicales DjanikVoyageur.

dimanche 10 octobre 2010

Je promène ma tristesse comme d'autres, leur chien.
Ça fait quelque chose à faire,
Ça trompe la détresse de se savoir rien.

lundi 6 septembre 2010

Résolutions irrésolues

  • Refuser le rejet du corps vieillissant
  • Réfléchir de manière irréfléchie
  • Rejeter le contrôle d'un discours dominant
  • Autoriser le geste d'écrire
  • Sortir de l'esthétique de la Faute
  • Permettre à la pensée de retrouver le chemin de la parole
  • Abandonner ce qui peut l'être
  • Retrouver le courage d'errer sur le seuil du trou sans fond
  • Accepter de manquer d'ancrage dans tout cet encrage

dimanche 29 août 2010

Quand tous les jours, c'est la fête, ce n'est pas la fête: c'est une dépendance.