jeudi 30 août 2012

Lune douce

Ce soir, le ciel peint
des feux de miel et de cendres bleues
   
Nos reins se brisent
sur les traces de quelque rires

     j'avais oublié ta force
     tu avais oublié la mienne
     tu retrouves ma bouche
     je retrouve tes mains

Dans nos yeux s'enchevêtrent
des souvenirs

La nuit s'ouvre, opale

lundi 20 août 2012

L'étonnement

Cesser de penser. Afin de rester sous le charme doux des regards étouffés. Cesser d'y penser. Oublier jusqu'à l'éventualité d'un geste long, jusqu'au désir de connaître son nom. Cesser d'exister et laisser le temps couler sous mes aisselles.

Croire que je passe inaperçue. Nier le poids de ses cils s'accrochant à mes mouvements silencieux.

Tout à coup, il dit: "Pourquoi ne me regardes-tu pas?"

Je me retourne, il n'y a personne derrière moi.

Il rit: "Qui t'imagines-tu que je regarde?"

jeudi 16 août 2012

Banalités

J'avais presque oublié la taille des araignées à Lachine. Il faut se tenir loin des portes d'entrée des commerces, des lampadaires, des cadres de porte, des plantes suspendues. Sinon, elles nous prennent pour cibles.

Tout à l'heure, après ma visite au Lion Bleu, l'une d'elles m'a presque capturée. C'était près d'un bar sur Notre-Dame, près de la 8e avenue. Son "Hey, la p'tite, viens icitte!" m'a surprise, mais j'ai pu me dégager en levant le doigt, en me marchant d'un pas assuré et en marmonnant : "Attends un peu, je dois vérifier quelque chose." Comme de fait, l'arrêt du 195 était déplacé. J'ai dû revenir sur mes pas et attendre le prochain passage, à 23:18. Ça ne me tentait pas de prêter l'oreille à la junkie ou de lui donner de l'argent en échange de sa sob story. Elle m'a craché sa colère au visage et m'a quittée en faisant un doigt sans honneur.

J'avais presque oublié combien Lachine, c'est loin, et la faune parfois saugrenue de la rue Notre-Dame, tard le soir.


Plus tôt, j'avais cherché un lit et un peu de réconfort à Ville-Émard, mais l'enthousiasme dont a fait montre mon éventuel hôte a été tiède et  sa réponse à ma demande, quoique favorable, a été lente à venir et molle, ce qui m'a dégonflée. De toutes façons, là aussi, il aurait fallu prêter l'oreille et mes réserves d'énergie étaient à sec bien plus qu'à sexe.

Me voici donc dans le 195, en direction de la station Angrignon. Tiens, je suis déjà rendue à Ville-Saint-Pierre. Le vieux tube "Y'a de l'amour dans l'air" tonitrue à la radio alors que deux jeunes cyclistes hurlent en frôlant le bus qui vire lentement. Une chance, la chauffeuse est zen, car "Y'a de l'amour dans l'ai - ai - ai -air, ce - e soir"...

Le fait d'avoir commencé la journée dans le parc industriel Anjou pour la terminer dans le parc industriel Lasalle m'assène un coup de cafard et libère de vagues réminiscences du sol humide du parc Lasalle, à la fin des années 1970.


 Moments fugaces où grâce au necking, je me dissolvais dans la bouche, dans les bras et dans le corps de quelques copains d'infortune, pour échapper à la solitude.

Lents silences

Je me tais à petit feu
Murmure tapi sous l'ombre d'un doute
Ébahi par des rêves couverts
De poussières de mots et de morts