Je ne sais pas comment parler d'art. Mais l'art parle et, parfois, me fait parler.
Sur le sol, je vois d'abord un rectangle rempli d'une poudre blanche et délimité par des bandes adhésives blanches. La présence de l'artiste me surprend, je ne m'attendais pas à la trouver là. Je me sens intimidée, car j'ai pénétré dans son espace. La dame à l'accueil m'avait pourtant encouragée à entrer dans la salle. Elle a parlé de sentiers, mais je ne les trouve pas.
Je m'engage dans l'espace, longeant le mur à ma gauche, en prenant bien soin de ne rien déranger, autant que faire se peut. Sur le mur, il y a des feuilles blanches avec des empreintes laissées par ce qui me semble être de la suie. Cette poudre noire est présente en différents endroits sur le sol, sous la forme de poudre, de morceaux rassemblés en un petit tas, de blocs informes. Il y a de la poudre noire dans un rectangle — cela forme des vaguelettes et des crêtes de dunes interrompues par un cadre rectangulaire.
J'ai l'impression d'avoir pénétré dans l'intimité de l'artiste et j'en éprouve une certaine gêne. L'air est lourd. J'avance jusqu'à une colonne. Les traces sur le mur évoquent des morceaux de vie, des ébauches de pensées. J'arrive dans un coin de la pièce. J'y prends place comme un enfant puni. L'artiste émet un souffle puissant. Je n'ose pas me retourner. Qu'est-ce que je fais là, dans son espace? Comment sortir de ce lieu sans faire disruption après y avoir fait irruption? Je me retourne, mais avant, je m'attarde sur un tracé dessiné sur le mur, comme s'il s'était échappé de l'empreinte fixée au mur.
Donc, je me retourne. L'artiste est assise à un bureau blanc. Elle a quelque chose dans la bouche. J'ignore ce que c'est. C'est rond. Tout à coup, elle projette une bille noire sur le sol. La bille roule un peu, puis s'immobilise. Plus tard, en poursuivant mon chemin, je constaterai que ce sont des noyaux de fruits. Mais de quel fruit s'agit-il? Est-ce que ce sont des litchis ou un fruit semblable? Je continue de longer le mur. Il m'arrive de m'accroupir, vaguement fatiguée par l'effort qu'exige ma lente progression vers une sortie du territoire de l'artiste.
Mon regard revient en arrière, s’attarde quelques instants sur une empreinte évoquant un sein. Sur le sol, il y a une râpe à légumes, un métronome, un seau de métal, des chiffons blancs et cette poudre noire et blanche. Je vois l'artiste placer la râpe sur une feuille blanche et y frotter un bloc noir. De la poudre noire se dépose sur la feuille. Ensuite, il arrive que l'artiste souffle sur la feuille de papier. Un souffle doux crée des ronds ou des lignes blanches à travers la poudre noire. Un souffle un peu plus prononcé forme un nuage noir qui tourbillonne paresseusement. Un souffle fort projette la poudre noire loin dans l'espace. L'artiste soulève la feuille, un peu de poussière tombe sur le sol. Le reste de la poudre demeure attaché à la feuille, qu'elle va fixer au mur à côté des autres feuilles qui y sont déjà.
Je sais à ce moment précis que je reconnaîtrai toujours la première empreinte que l'artiste a produite, puis fixée au mur, alors que j'étais témoin de ce processus.
Je ne suis pas encore sortie de la pièce. Je bouge quand je sens que je le peux, souvent quand l'artiste se déplace et que j'espère passer inaperçue. Elle porte une longe chemise blanche, des pantalons et des bas blancs, ainsi qu'une coiffe blanche pointue sur la tête. De la poudre noire — c'est comme de l'encre sèche d'un photocopieur — s'est déposée un peu partout sur ses vêtements, ses mains, son visage. D'ailleurs, elle va parfois au seau, qui contient de l'eau, se laver la bouche.
Il arrive qu'elle se place debout sur des morceaux de poudre noire. Ses pieds sont collés l'un contre l'autre. Elle reste immobile... non, elle est presque immobile, pendant de longues secondes. Parfois, elle lève les bras et ne bouge plus. Je pense à un diapason têtu. Pendant ce temps, l'espace et le temps filent au rythme imposé par le métronome.
Je poursuis ma lente progression le long des murs. J'essaie de sortir de là sans laisser de traces, ou du moins, de sortir de cet espace sans contaminer de mes traces celles qui y sont déjà. J'y parviens enfin. L'homme qui était assis dans le fauteuil noir faisant face à la pièce y est toujours; il continue de prendre des photos avec sont téléphone intelligent. Je m'accroupis et j'observe l'artiste poursuivre sa création d'empreintes — râpage, soufflage, épinglage — s'enraciner dans le sol, laver ses mains et son visage. Je varie mon poste d'observation hors de l'espace de l'artiste. J'attends qu'elle soit dos à moi pour sortir discrètement de la galerie.
Je vais essayer d'être présente pour la suite :
Viva! art action 2011
October 04-09, 2011
at Bain Saint-Michel
information: http://vivamontreal.org
dimanche 28 août 2011
Témoin des vendredis soirs
Vendredis soirs de chasse à l'homme.
Les femmes cherchent une vie,
mais trouvent plus souvent une nuit.
Les femmes cherchent une vie,
mais trouvent plus souvent une nuit.
lundi 22 août 2011
Marigot
Un loup rêve de tourbières
Il avance sur les langues de sable
Puis risque un pas de côté
Sur le tapis des mousses
Ses mémoires remontent et l'engloutissent
Mais il ne craint pas les sables mouvants
Il épure ses gestes jusqu'à la douceur
Et flotte à la lisière des songes
Le loup dérive sur les traces du temps
Ses pattes deviennent des cailloux
Bordant un marigot
Une femme ramasse quatre pierres
Les glisse dans ses poches
S'avance dans l'eau
La vie est un mouvement fugace
Qui s'agite entre les mensonges
Il avance sur les langues de sable
Puis risque un pas de côté
Sur le tapis des mousses
Ses mémoires remontent et l'engloutissent
Mais il ne craint pas les sables mouvants
Il épure ses gestes jusqu'à la douceur
Et flotte à la lisière des songes
Le loup dérive sur les traces du temps
Ses pattes deviennent des cailloux
Bordant un marigot
Une femme ramasse quatre pierres
Les glisse dans ses poches
S'avance dans l'eau
La vie est un mouvement fugace
Qui s'agite entre les mensonges
mardi 16 août 2011
Texte sauvé de l'oubli numéro 3
Rien n'est jamais sûr.
Un regard, une caresse
Des mots qui s'égarent,
Emportés par des cavaliers fous
Éperdus à l'horizon.
Je les vois au loin.
Leurs montures mordent le temps.
Un regard, une caresse
Des mots qui s'égarent,
Emportés par des cavaliers fous
Éperdus à l'horizon.
Je les vois au loin.
Leurs montures mordent le temps.
Texte sauvé de l'oubli numéro 2
Combien de millénaires te séparent de ton corps, Méduse?
Pourtant, tu n'es pas morte, car ton effigie hante et pétrifie encore l'imagination des êtres.
Ton œil est toujours agile dans la colère. Il s'exerce à voir ce qui se tait à l'ombre de mes pensées.
Tu veilles sous mes paupières, Méduse, et d'étranges mots se tordent dans ma tête.
Ton cri erre encore, et encore et encore sur mes lèvres interdites.
Et je ne me possède plus.
Note :
Le Baiser Oculaire II, Josée Lambert et Alice Bergeron
Performance-installation, Soirée des murmures, Festival de théâtre des Amériques, 1986
Ces textes accompagnaient trois séries de photos de Josée Lambert.
Pourtant, tu n'es pas morte, car ton effigie hante et pétrifie encore l'imagination des êtres.
Ton œil est toujours agile dans la colère. Il s'exerce à voir ce qui se tait à l'ombre de mes pensées.
Tu veilles sous mes paupières, Méduse, et d'étranges mots se tordent dans ma tête.
Ton cri erre encore, et encore et encore sur mes lèvres interdites.
Et je ne me possède plus.
Note :
Le Baiser Oculaire II, Josée Lambert et Alice Bergeron
Performance-installation, Soirée des murmures, Festival de théâtre des Amériques, 1986
Ces textes accompagnaient trois séries de photos de Josée Lambert.
mardi 2 août 2011
Petite révélation d'insomnie numéro 1308:
Je suis ici: c'est la seule façon saine que j'ai trouvée de prendre position.
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