J'ai commencé à danser sur le tard, même si j'aurais voulu le faire plus jeune - mais ça n'a pas été possible pour toutes sortes de raisons, dont les miennes. On and off, j'ai suivi des cours ici, des ateliers là. Donc, pas de formation sérieuse, et une lutte constante contre un sentiment d'imposture.
Un jour, je me suis aperçue que ce serait bête mourir sans avoir dansé et que, plus encore, je risquais de mourir de ne pas avoir dansé. On and off, j'ai suivi des cours ici, des ateliers là. Le sentiment d'imposture y était toujours, parfois même une certaine forme de panique, du fait du rejet, de la part des "vraies" danseuses, de qui je suis (âge, handicap visuel, manque de formation réelle). Mais lorsque je sortais d'une classe en larmes, après qu'une danseuse ou une prof/chorégraphe ait été bête avec moi ou, pis encore, quand tout un groupe m'avait ignorée, j'ai commencé à me dire que, ne serait-ce parce que j'avais payé pour suivre ce cours, j'avais le droit d'y être. Et les choses se sont mises à changer...
En janvier dernier, je me suis trouvée à augmenter la cadence, je suis passée d'un cours par semaine à quatre, et à participer, lorsque l'occasion se présentait ou quand on m'y invitait, à de petites représentations (spectacles de fin d'année, caméo dans Edgy Women, par exemple). La confiance et l'estime s'en sont trouvées si heureuses que j'ai continué de danser à ce rythme, malgré les longues heures de travail et toutes les responsabilités que je choisis d'avoir à la maison.
Je gagne ma vie comme chargée de projet en édition (éditrice de manuels scolaires) depuis 20 ans. Ces dernières années cependant, la danse et le théâtre m'ont amenée à constater qu'à force de réécrire les textes des autres, j'avais perdu la force d'écrire mes propres textes. Dur, dur d'accepter de regarder en face ce fait, surtout que j'aurais souhaité, espéré, pensé être écrivaine... Ne pas avoir écrit et ne pas écrire: voilà une autre des caries de mon âme. Il serait ridicule de mourir sans avoir écrit, et plus encore, est-ce que je ne risque pas de mourir si je n'écris pas?